Theresa Januario

Theresa Januario s’est mariée à l’âge de 15 ans. Aujourd’hui, elle vit avec ses parents et ses deux enfants – sa fille Atija, âgée de trois ans, et son fils David, de un an – à Moma, dans la province de Nampula, sur la côte est du Mozambique. Elle a quitté l’école peu de temps après son mariage et son mari pêcheur Amiro Age, âgé de 25 ans, l’a abandonnée pour aller chercher du travail dans la ville de Beira en 2015. Il n’est jamais revenu.

Je m’appelle Theresa Januario. Je me suis mariée à 15 ans à cause de la pauvreté. Nous n’avions pas assez de nourriture, même pas assez de vêtements. Donc, la seule option semblait être le mariage.

Mon père est agriculteur et pêcheur. Il travaillait dans les champs et nous apportait de la nourriture. Mais la production a commencé à diminuer quand j’avais 15 ans. Et on n’avait plus rien. Avant de me marier, on arrivait à produire deux ou trois sacs de manioc pour nourrir la famille. Aujourd’hui, si nous produisons un sac, c’est une bonne récolte.

Mon père arrivait aussi à pêcher suffisamment de poissons que pour nous nourrir et aussi en vendre. Il avait l’habitude de remplir un ou deux paniers, mais maintenant il en attrape juste assez pour un repas. Je me souviens qu’en 2008, il y a eu une période où il y avait des inondations et beaucoup de vent. Après cela, pendant la saison qui a suivi, en 2009, il n’y avait pas assez de pluie, c’était la sécheresse. À l’époque, avant les inondations, il y avait beaucoup d’eau là où mon père avait l’habitude de pêcher et la production était correcte, mais après il y a eu plus de sable que d’eau. Donc, le niveau de la rivière a diminué. Et la production aussi. Pendant longtemps, la saison des pluies commençait quand on s’y attendait. Maintenant, le temps change. Parfois, la saison des pluies change. La pluie ne tombe pas aussi souvent qu’autrefois.

Je me suis mariée à 15 ans parce que je voyais que mes amies mariées avaient assez à manger et avaient assez de vêtements. Alors que moi, je souffrais. Un jour je mangeais, un jour je ne mangeais pas. Alors j’ai préféré trouver un mari pour que je puisse vivre une vie normale. Nous nous sommes rencontrés quand je suis allée une fois au village où il vivait. Nous en avons discuté et je lui ai dit de venir parler à mon père pour qu’il puisse m’épouser.

Mon père ne s’en est pas plaint, il pensait que ce serait un moyen pour moi de m’en sortir, même de pouvoir rester à l’école. Mais après notre mariage, mon mari a commencé à galérer et il ne pouvait pas soutenir mon éducation.

Quand je me suis mariée, je suis allé vivre dans la maison de ma belle-mère. J’avais une vie normale. Mais je ne pouvais plus vivre dans cette maison sans mon mari. La dernière fois que je l’ai vu c’était en 2015, quand il m’a mise enceinte de mon dernier enfant. Depuis lors, je ne l’ai jamais revu. Nous ne parlons pas parce que nous n’avons pas de téléphone portable. Mais je sais qu’il est à Beira. Je suis revenue chez moi parce que sa famille ne se souciait pas de moi. Au moins ici, je suis avec ma famille, la vie est plus ou moins meilleure.

En comparant avec la vie que j’avais avant de me marier, maintenant c’est un peu mieux. Parce que maintenant je vends du poisson au marché et je gagne de l’argent. Tout dépend de la production quotidienne. Il y a des jours où nous en attrapons assez pour un repas. D’autres jours, la pêche est un peu meilleure, donc on peut manger un repas et aussi vendre quelque chose au marché. En ce qui concerne le manioc, si nous produisons assez pour manger plus d’un repas, nous le gardons, nous le faisons sécher pour que nous puissions manger les jours suivants.

Si nous avions eu assez d’argent, j’aurais continué à aller à l’école jusqu’à la 12e année et peut- être que j’aurais pu devenir infirmière. Je comptais me marier à 35 ans. Je ne suis pas heureuse. Je n’avais pas l’intention de me marier à 16 ans. Mais c’est de ma faute si je me suis mariée si jeune. Je pense que c’était mon destin, Dieu a mis cette idée dans ma tête. Même s’il n’y avait pas ce changement climatique, je crois que c’est le destin que Dieu avait prévu pour moi.

Je dirai à ma fille de ne pas se marier si jeune, même si elle n’a pas la possibilité de poursuivre ses études. Parce qu’elle aura des enfants, elle risquera de se retrouver seule avec eux et la situation s’aggravera. Je vais dire à ma fille que je regrette ma décision. Je pensais que le mariage serait une solution, mais ça n’a fait qu’empirer les choses. Je lui dirai d’aller à l’école. C’est un moyen pour essayer d’améliorer ses conditions de vie.”

L’histoire du père

L’agriculteur et pêcheur Januario Antonio, âgé de 49 ans, vit à Moma, dans la province de Nampula, sur la côte est du Mozambique. Il a accepté le mariage de sa fille, Theresa parce que les rendements du champ et de la pêche chutaient et qu’il ne pouvait plus se permettre de la soutenir.

“Je m’appelle Januario Antonio. J’ai 49 ans. Avant d’avoir ma fille Theresa, j’étais étudiant. Mais je n’ai pas pu finir mes études parce que mon père est mort, ma mère aussi et je me suis retrouvé seul. Je n’avais personne. Je suis devenu agriculteur. Pendant un certain temps, je travaillais bien, la production était bonne. J’ai donc épousé la mère de Theresa et mes enfants sont nés. Je pêchais et je pratiquais l’agriculture en même temps. Les enfants ont commencé à aller à l’école. Mais les temps difficiles sont arrivés.

Ma production a diminué parce que le temps a changé. Entre 2006 et 2008, il y avait beaucoup de soleil. En 2008, il y a eu un cyclone qui a pris tout ce que nous avions. C’est alors que nous avons commencé à avoir des problèmes.

Avant, j’allais à Murutu pour pêcher. J’avais l’habitude d’attraper au moins un panier de poissons pour manger et pour vendre. Mais aujourd’hui, je n’y arrive plus. En matière d’agriculture, je produisais 15 ou 20 sacs de manioc, mais ces jours-ci, je peux à peine obtenir deux, trois ou quatre sacs. Il y a tellement de gens sous ma responsabilité et cela ne nous suffit pas pour survivre pendant un an.

Theresa s’est mariée quand un homme est venu et a demandé sa main. Il a promis qu’il nous aiderait à améliorer notre situation, qu’il financerait l’éducation de ma fille, qu’elle continuerait à aller à l’école. Mais après, il a commencé à galérer, alors il est allé pêcher loin, à Beira et il n’est pas revenu. Je suis resté avec ma fille ici, sans rien, sans aucune aide.

Je ne voulais pas que ma fille se marie. Je voulais qu’elle termine ses études, qu’elle ait un diplôme, grâce à mon soutien, et qu’elle trouve ensuite un travail. Mais c’était impossible. Ce mariage, ce qu’il s’est passé, ce n’était pas ce que j’avais dans mon cœur. Je pensais qu’elle se marierait vers 22 ans. Mais ici, quand vous n’avez pas d’argent, les enfants ne peuvent pas terminer leurs études et sans éducation, vous ne pouvez pas trouver un emploi.

Ici au Mozambique, beaucoup de parents poussent leurs filles à se marier, même si ce n’est pas ce qu’ils avaient prévu. Parce qu’il n’y a pas d’autre option. Grâce au mariage, vous vous dites que deux familles vont se réunir et s’entraider. Les gens laissent leurs filles se marier tôt à cause de la souffrance. Je dois prendre soin de neuf personnes. Je n’arrive pas à les soutenir toutes. J’avais besoin d’aide. Mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. Cela a même empiré notre situation parce qu’il a laissé deux enfants ici et s’est enfui.

Il y a beaucoup de gens dans la même situation. Tu es chez toi, tu te réveilles, tu n’as même pas d’argent pour acheter de la nourriture, pour acheter du poisson et le manger avec le manioc. Cela pousse les gens à prendre une décision qu’ils ne veulent pas prendre.

Il y a un lien entre le changement climatique et notre situation. Ces événements extrêmes n’affectent pas seulement Moma. Je vois le temps changer. Même si vous êtes un gars responsable, même si vous faites ce que vous avez à faire, vous ne vous en sortez pas.

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