Rute Fumulani

Rute Fumulani is 16 years old and lives in the village of Kachaso, Nsanje district, Malawi. She lost both her parents in catastrophic flooding that hit the area in 2015. She married husband Fumulani in the same year at the age of 14: the couple have a son, Thokozani, aged one year and two months. They live in a two room hut with her husband's nine year old brother, Eliya, and five year old sister, Amines. They earn a maximum of MWK 500 (about 50p) on days they can find work and eat only on three days a week.

Rute Fumulani a 16 ans et vit dans le village de Kachaso du district de Nsanje, au Malawi. Elle a perdu ses deux parents dans les inondations qui ont frappé la région en 2015. Elle a épousé son mari Fumulani la même année, à l’âge de 14 ans. Ils ont un fils, Thokozani, âgé d’un an et deux mois. Ils vivent dans une hutte, composée de deux pièces, avec le frère de son mari, Eliya, âgé de neuf ans, et sa soeur de cinq ans, Amines. Ils gagnent maximum 500 MWK (environ 60 centimes) par jour, lorsqu’ils arrivent à trouver du travail et ne mangent que trois jours par semaine.

“Je m’appelle Rute Fumulani. J’ai 16 ans. Avant de me marier, j’allais à l’école. Mais les inondations de 2015 ont tout changé. L’eau a envahi le village la nuit. Les gens ont alors commencé à crier, pour réveiller tout le monde. Quand je me suis réveillée, je ne comprenais pas exactement ce qu’il se passait. D’autres adultes m’ont aidée à fuir pour me réfugier dans l’école primaire de Matundu, où il y avait un camp pour accueillir les victimes des inondations. Cette nuit- là, mes parents ont réussi à se réveiller. Mais ils ont essayé de sauver du bétail et de la nourriture. Je ne sais pas ce qui leur est arrivé, je ne les ai plus jamais revus depuis. Je suppose qu’ils sont tous les deux morts pendant les inondations.”

“La vie dans le camp était difficile parce que j’étais seule. Il n’y avait aucun membre de ma famille, ni un père, ni une mère, ni un frère ou une sœur, personne à part des gens de mon village. Je me nourrissais des restes que d’autres personnes me donnaient. Je n’avais même pas une tasse, une assiette ou une cuillère pour manger. La vie était très difficile. J’ai rencontré mon mari après quatre jours.Il a réussi à trouver quelques petits boulots et à acheter de la nourriture. J’avais des problèmes, il avait aussi des problèmes. Nous avons donc décidé de nous unir pour nous aider l’un l’autre. J’étais toute seule. C’est ce qui m’a poussée à accepter quand il a demandé ma main en mariage.”

La première nuit, nous n’avons pas couché ensemble. Pendant trois jours, il a continué à insister. Et parce qu’un homme est un homme, il m’a vaincue. Je n’ai pas eu d’autre choix que d’accepter. Donc c’est arrivé. Mais c’était très douloureux. Et ce n’est pas arrivé qu’une seule fois, mais pendant longtemps parce que je n’étais pas prête à continuer à coucher avec lui. Mais il était plus puissant et il continuait, jusqu’au moment où j’ai accepté.”

Ensuite, nous avons fini par nous rapprocher, nous nous sommes assis et avons parlé de ce qu’il s’est passé. J’étais encore un enfant et je ne savais pas ce qu’il se passe dans un mariage, c’est pourquoi je m’opposais. Alors nous avons parlé et nous nous sommes pardonnés l’un l’autre.”

La plupart des filles se marient dès l’âge de 14, 15 ou 16 ans pour différentes raisons. Certaines se marient à un jeune âge à cause de la pression sociale. D’autres se marient à un jeune âge parce que les parents veulent tirer un bénéfice du mariage. Mais d’autres se marient tôt à cause des problèmes. Dans certains ménages, les parents ne peuvent pas aider leurs enfants à aller à l’école, car ils n’ont littéralement rien, ils n’ont même pas assez de nourriture.

Les parents ont du mal à soutenir leurs enfants en raison des conditions météorologiques extrêmes. Certains essaient de s’en sortir, mais à cause des périodes de sécheresse, ils ne récoltent pas assez pour nourrir toute la famille. Il y a beaucoup pauvreté. Généralement, la saison des pluies commençait en octobre. Mais cela a changé récemment, désormais les pluies arrivent en décembre. Et même quand les pluies arrivent, les premières semaines, ce sont plutôt des tempêtes. Puis vient la sécheresse. Les plantes sont donc incapables de survivre, c’est ce qui empêche les ménages de récolter suffisamment. Je ne blâme personne pour les changements climatiques, à part moi-même. Le changement climatique est venu à cause de nous. L’abattage effréné des arbres a beaucoup contribué au changement climatique, aux émissions de carbone qui causent le changement climatique. Je me pointe du doigt, je pointe du doigt les humains.

Je rêvais d’aller à l’école. Après avoir terminé mes études, je voulais devenir infirmière. Mon rêve était de me marier à l’âge de 27 ans. A cet âge-là, j’aurais terminé mes études, j’aurais peut-être aussi commencé à travailler. Je pense aussi que, je me serais développée physiquement, assez que pour pouvoir assumer toutes les tâches ménagères. Maintenant, mon mari n’a pas assez de ressources pour me permettre de retourner à l’école.”

“La vie est difficile parce que même les petits travaux sont réservés à ceux qui sont allés à l’école. Mais mon mari et moi, nous n’avons pas fait d’études. Et cela a rendu la vie difficile. Pour arriver à trouver de la nourriture, nous allons sur les collines pour couper de l’herbe. Après l’avoir coupée, nous revenons au village et nous la vendons. Le changement climatique se produit à cause de nous. Je contribue à cela parce que quand je vais dans les collines pour couper l’herbe, parfois je coupe aussi des arbres pour vendre du bois de chauffage. Les jours où nous coupons l’herbe ou des arbres, nous pouvons manger. Donc, sur une semaine, nous nous rendons sur la colline pendant trois jours. Et mangeons pendant ces trois jours.

“J’ai des grands rêves pour mon fils. Je veux qu’il aille à l’école. Je rêvais d’aller à l’école secondaire, mais cela ne s’est pas produit. Donc, si nous avons la chance de trouver un emploi quelque part ou si le temps nous permet de récolter suffisamment, je prie de voir mon enfant aller à l’école et de poursuivre ses études supérieures. Comme ça, lorsque je serai vieille, mon fils pourra m’aider.”

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