Mozambique

Dried up river in Nataka, Larde district, Mozambique. LOcal people say they used to fish the river until the rains became unreliable and the river disappeared. It's couirse remains visible from the air.

Le Mozambique, avec ses 28 millions d’habitants, s’étend le long de la côte Est de l’Afrique, de la Tanzanie jusqu’à l’Afrique du Sud. 36ème plus grand pays du monde, il bénéficie d’une diversité de ressources naturelles, étant donné que la moitié de son territoire est cultivable et qu’il est traversé par 25 grands systèmes fluviaux, y compris la rivière Zambezi – la quatrième la plus longue d’Afrique – et la rivière Limpopo. Avec ses nombreuses ressources minérales et sa côte de 2700 km de long, le pays aurait de quoi devenir une success-story africaine. Pourtant, le Mozambique reste l’un des Etats les plus pauvres du monde, occupant la 181ème place sur 189 dans le rapport de 2016 sur le développement humain. Près de 70 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et 44 % des citoyens sont considérés comme étant en situation de pauvreté extrême, ce qui signifie qu’ils ne peuvent subvenir à leurs besoins les plus fondamentaux tels que la nourriture, l’accès à des installations sanitaires et l’éducation.

Après seize ans d’une guerre civile qui a pris fin en 1992, le Mozambique peine toujours à tourner la page de ce sinistre épisode de son histoire. En 2000, une inondation et deux cyclones ont presque réduit à néant l’ensemble des efforts de redressement économique du pays, tandis que les catastrophes naturelles – tout comme des crises politiques – n’ont cessé de freiner tout progrès.

Selon l’Indice mondial du risque de 2016, le Mozambique est le troisième pays le plus vulnérable aux catastrophes naturelles (probabilité de subir des dommages en cas de catastrophe naturelle) et le onzième pays avec le plus haut taux de vulnérabilité au monde (susceptibilité, manque de moyens ou de capacités des populations ou des systèmes à gérer et s’adapter aux impacts négatifs des catastrophes naturelles). Cela s’explique notamment par le positionnement géographique du pays et la dépendance de sa population à l’agriculture pluviale. Près de 70 % des habitants vivent dans des zones rurales, dont une majorité le long d’une étroite bande littorale, survivant surtout grâce à l’agriculture et à la pêche.

Les événements climatiques extrêmes sont de plus en plus fréquents et intenses, privant à chaque fois des millions d’agriculteurs des peu de ressources dont ils disposent et compromettant les efforts fournis par le pays pour éradiquer leur situation de pauvreté et de famine extrêmes. Selon l’Institut national de gestion des catastrophes (INGC), le Mozambique a été confronté, entre 1980 et 2012, à 24 inondations, 12 épisodes de sécheresse et 16 cyclones, en plus des inondations de janvier 2013, février 2014 et janvier 2015 et du cyclone tropical Dineo de 2016.

Un rapport de la Commission des Pays-Bas pour l’Evaluation de l’Impact sur l’Environnement a signalé que “le Mozambique était l’un des pays africains les plus vulnérables au changement climatique. La pauvreté, le faible développement institutionnel et les événements météorologiques extrêmes et fréquents rendent le Mozambique particulièrement vulnérable. La fréquence des aléas climatiques tels que les sécheresses, les inondations et les cyclones augmente. Ceci a un impact cumulatif et dévastateur sur une population insuffisamment préparée pour y faire face”. Le rapport prédit par ailleurs des journées de plus en plus chaudes, des inondations et des sécheresses de plus en plus fréquentes. Il stipule également “que le changement climatique devrait provoquer une chute du PIB de 4 à 14 % ou coûter au pays 7,6 milliards de dollars (USD) d’ici 2050, en freinant brutalement le développement économique”.

C’est dans ce contexte de misère et d’appauvrissement croissants que le nombre de mariages d’enfants tend à augmenter dans le pays, malgré les tentatives du gouvernement national de mettre fin à cette pratique. L’âge légal du mariage est fixé à 18 ans, mais les Mozambicains peuvent se marier à dès 16 ans s’ils reçoivent l’accord parental. En 2015, le gouvernement a approuvé une stratégie nationale visant à limiter le nombre mariages de mineurs, mais du fait d’une population croissante, ce chiffre n’a en réalité fait qu’augmenter. L’Unicef a signalé en 2015 que le nombre de mineures mariées dans le monde pouvait plus que doubler et atteindre les 310 millions d’ici 2050.

Le Mozambique occupe la 9ème place dans le classement mondial relatif au mariage des enfants : une fille sur deux se mariant à l’âge de 18 ans (48,2 %) et 14,3 % à l’âge de 15 ans. Les taux de mariages des enfants les plus élevés se trouvent dans le nord du pays, y compris la province de Nampula, où s’est déroulée l’investigation Brides Of The Sun. Le rapport de l’Unicef a établi que 129 604 filles de cette province s’étaient mariées avant d’avoir atteint leurs 18 ans. C’est également dans cette région qu’on rencontre le nombre le plus élevé de grossesses chez les adolescentes (107 553 filles).

“Au Mozambique, nombreux sont ceux qui marient leurs filles très jeunes, même si ce n’était pas ce qu’ils avaient prévu. Puisqu’il n’y a pas d’autre solution… les filles sont mariées tôt à cause de la souffrance. Je dois prendre soin de neuf personnes. Et je n’ai pas les moyens de les soutenir toutes financièrement”, nous a par exemple expliqué Januario Antonio, un agriculteur de Moma.

Le rapport de l’Unicef souligne que les filles habitant dans les zones rurales se marient plus tôt que celles habitant dans les villes. Entre 1997 et 2011, deux provinces (Nampula et Maputo) ont vu augmenter de 10 % le taux de grossesse chez les filles âgées de moins de 15 ans, une augmentation que le rapport qualifie de “statistiquement significative”. C’est surtout dans la région de Nampula que cette tendance est la plus forte, enregistrant en 2011, 27 052 grossesses de plus qu’en 2003 chez les filles âgées de moins de 18 ans.

L’augmentation des mariages et des grossesses des adolescentes se produit à une période où les familles rurales sont soumises à une forte pression causée par la diminution des rendements agricoles et de la pêche.

Les parents interviewés dans le cadre du projet Brides of The Sun ont souligné que cela n’était pas une simple coïncidence. Ne pouvant plus se permettre de nourrir l’ensemble leurs enfants, beaucoup de familles perçoivent le mariage comme une solution, tant pour eux que pour leur fille, qui aurait ainsi une chance d’être soutenue financièrement par son mari. Parfois, c’est d’ailleurs la fille elle-même qui cherche à se marier, dans l’espoir d’échapper à une lutte quotidienne pour survivre avec les faibles ressources de ses parents. Dans son rapport “Hope Dries Up”, publié en 2016, CARE International a estimé qu’”en 2015, le Mozambique comptait 631 000 mineures mariées. Avant la sécheresse de El Niño, il était prédit qu’en 2020, le Mozambique compterait 732 000 mineures mariées, nombre d’entre elles étant âgées de moins de 15 ans… Depuis la sécheresse, beaucoup de familles ont utilisé le mariage d’enfants pour augmenter leurs ressources (à travers le payement d’une dot) ou pour réduire le nombre de personnes présentes au sein du foyer.”

La réponse du gouvernement du Mozambique a consisté à mettre en place une stratégie nationale d’atténuation et d’adaptation au changement climatique jusqu’en 2025, constatant que le “changement climatique ne peut être évité” et que “son impact se matérialise par une augmentation de la fréquence et de l’intensité des catastrophes météorologiques extrêmes telles que la sécheresse, les inondations et les cyclones, les changements de température et de régimes de précipitations et d’autres phénomènes tels que l’élévation des niveaux des eaux de la mer, l’intrusion saline, les feux de forêts, etc.”

Avant l’accord de Paris sur le climat de 2015, le gouvernement national a souligné que “les impacts du changement climatique observés avaient, entre-autres, des conséquences telles que la perte de vies humaines, la destruction d’infrastructures socio-économiques et de propriétés, la perte de logements et la dégradation environnementale, y compris l’érosion et l’intrusion saline avec des répercussions sur les communautés et l’économie nationale”.

Les sécheresses les plus importantes, celles de 1980, 1983, 1985 et 1992, ont tué plus de 100000 personnes et touché plus de 17 millions de personnes, répandant la famine dans l’ensemble du pays. À chaque nouvelle vague de sécheresse, des milliers d’hectares de terres sont touchés, les champs sont asséchées, la productivité diminue, des rivières disparaissent, les prix augmentent, la nourriture se fait rare, les maladies se répandent et les foyers sont ruinés.

Entre 2000 et 2012, le Mozambique a été frappé par 11 cyclones, deux fois plus qu’entre 1984 et 1997. En 2007 et en 2008, le pays a été secoué par de nombreuses catastrophes naturelles. Alors qu’il tentait de remonter la pente après les inondations de 2007, certaines régions ont subi de nouvelles inondations l’année suivante, tandis que d’autres faisaient face à des vagues de sécheresse. Le cyclone tropical Jowke a ensuite frappé les districts du nord, tuant au moins 13 personnes et détruisant 9472 maisons. Selon la Croix rouge, “le gouvernement local de la province de Nampula estime que 100 000 hectares de cultures ont été ravagés. Le cyclone a arrêté l’activité économique principale de la province, c’est-à-dire la culture du cachou et des haricots et la pêche, puisque les arbres et les bateaux de pêche ont été détruits.”

Januario Antonio, un agriculteur de la province de Nampula, se souvient qu’“entre 2006 et 2008, il y a eu beaucoup de soleil. Puis, en 2008, un cyclone a détruit tout ce que nous avions. C’est alors que la lutte a commencé. Avant, je parvenais à récolter 15 à 20 sacs de manioc, mais ces jours-ci j’arrive à peine à en récolter deux ou trois”. En 2015 et 2016, les conditions de El Niño – un phénomène qui perturbe le régime climatique une fois toutes les quelques années en Afrique du Sud – ont engendré le pire épisode de sécheresse depuis 35 ans, qui a affecté 39 millions de personnes à travers le continent. Brigi Rupio, administrateur du district de Larde, a expliqué qu’“au début de l’année 2015, il y a eu une importante inondation. Après cela, il y a eu une vague de sécheresse. Tout ce qui avait été planté a alors été détruit”.

Le Secrétariat de la sécurité alimentaire et nutritionnelle (SESAN) du gouvernement du Mozambique a signalé que 2,1 millions de personnes faisaient face à une insécurité alimentaire et à une situation de crise nutritionnelle en novembre 2016. Plus d’un an plus tard, le Mozambique se remet doucement des effets dévastateurs de la vague de sécheresse. Le Ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire prévoit une bonne saison agricole pour les années 2017/2018 avec une production alimentaire supérieure à la moyenne. Mais les prévisions de l’Organisation météorologique mondiale suggèrent qu’il est probable, à 40 %, que El Niño se développe à nouveau à la fin de l’année 2017, un pourcentage nettement supérieur à la normale.

Les experts se demandent toujours si l’augmentation des températures mondiales et des océans, causée par le changement climatique, intensifie le phénomène El Niño, bien qu’une étude de 2014 publiée dans “Nature Climate change” stipule que la fréquence du phénomène pourrait doubler dans le futur en raison des émissions de gaz à effet de serre.

Par la suite, le cyclone tropical Dineo a ravagé le pays en février 2017. Les vents violents, d’une intensité de 160km/h et les pluies torrentielles ont causé sept morts, 55 blessés et déplacé plus de 100 000 habitants, affectant, au total, plus de 600 000 Mozambicains. Selon l’Institut national de la gestion des catastrophes, 20 000 huttes ont été partiellement ou totalement détruites, leur fragile toit en feuilles ayant été balayé, 1600 salles de classe ont été touchées ainsi que 70 structures sanitaires, 137 000 arbres fruitiers ont été abattus et 29 000 hectares de précieuses terres agricoles ont été ravagées, ruinant les récoles prévues au mois d’avril 2017.

Les prévisions à long terme ne sont pas plus encourageantes : les températures du Mozambique

devraient augmenter de 1,4 à 3,7°C d’ici 2060. Le nombre de journées et de nuits considérées comme chaudes devraient croître, respectivement, de 17 à 35 % et de 25 à 45% au cours des 43 prochaines années.

“Il fait trop chaud. L’eau est plus chaude. Par conséquent, nous n’attrapons plus les mêmes poissons. Avant, nous pêchions de gros poissons. Les habitants venaient de la ville, de Nampula, pour les acheter. Mais aujourd’hui nous ne pêchons que quelques petits poissons. Notre commerce a changé et la pauvreté continue”, soupire Antonio Momade Jamal, un pêcheur de Moma.

Le régime climatique devrait également devenir plus imprévisible. Depuis les années 1960, les précipitations ont connu une diminution décennale de 3,1 %, un décroissement qui devrait atteindre les 9 % d’ici 2060. Parallèlement, le nombre de pluies extrêmes a connu une augmentation décennale de 2,6 % et devrait continuer à augmenter dans le futur. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat prévoit une élévation des niveaux des eaux de la mer de 96 centimètres d’ici 2100, des chiffres menaçant les deux tiers de la population du Mozambique qui vit sur la ceinture côtière.

“Le niveau de la mer augmente dans les régions où nous avions l’habitude d’aller pêcher, et les vagues sont beaucoup plus puissantes. Je l’ai remarqué parce que, sur le chemin pour nous rendre à cet endroit, il y avait grand un arbre et aujourd’hui, il a disparu. La mer est aussi plus profonde”, explique le pêcheur Antonio Jamal. L’administrateur Brigi Rupio est actuellement à la recherche de solutions pour déplacer de nombreux habitants loin de la rivière Larde. “Lorsque je suis arrivé ici en 2014, il y avait une maison juste à côté de la rivière. Mais en 2015, il y a eu de graves inondations qui ont détruit des maisons et fait augmenter le niveau des rivières”, explique-t- il. “Puis il y a eu une période de sécheresse. Nous possédions des terres pour cultiver le riz, mais à cause de la sécheresse, il nous est impossible de continuer à le faire. Le temps change, même ceux qui ne savent ni lire ni écrire le remarquent.”

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