Filomena Antonio

Filomena Antonio a 19 ans. Son mari, Momade Churute, âgé de 27 ans, a a offert à son père 2 000 MZN (28 euros) pour l’épouser, quand elle avait 15 ans. Elle a 10 frères et deux soeurs. Elle a deux fils, Amadinho, âgé de 2 ans, et Azamad, âgé de deux mois. Ils vivent dans la ville de Moma, dans la province de Nampula, sur la côte est du Mozambique.

“Je m’appelle Filomena Antonio et j’ai 19 ans. J’ai épousé Chiurute quand j’avais 15 ans. Nous nous sommes rencontrés ici dans le quartier et il m’a demandé d’être avec lui. Il ne voulait pas que nous soyons juste amants, il voulait m’épouser. Je lui ai dit qu’il devait venir parler à mon père.

Mon père a accepté parce qu’il avait peu de moyens, il croyait que mon mari pouvait m’aider à continuer à aller à l’école. Puisque mon père est pauvre, j’ai pensé à me marier pour que mon mari m’aide. Je l’aimais. Je pensais qu’il était un homme magnifique.

Je me souviens qu’avant, mon père pêchait beaucoup. Mais soudain, il y a eu de moins en moins de poissons et la pauvreté a simplement augmenté. Quand il pêchait bien, il achetait un sac de 50 kg de maïs. Mais avec ces difficultés, c’était juste un kilo par ci, un kilo par là.

Je me souviens que, lorsque la production a commencé à diminuer, j’ai demandé à mon père de l’argent pour aller à l’école, mais il ne pouvait plus m’en donner. Je crois que si mon père avait continué à s’en sortir avec la pêche, il n’aurait pas accepté la proposition de Momade parce qu’il aurait pu continuer à financer mes études, mes frais de scolarité, mes livres.

Il n’y a pas eu de cérémonie de mariage. Mon mari a payé 2 000 MZN pour m’épouser. Avec cet argent, mes parents ont acheté un lit et de la nourriture. Je m’attendais à ce que la vie devienne meilleure et que je souffre moins. Mais même après mon mariage, nous souffrons encore. Mon mari est pêcheur, mais de nos jours, la vie est difficile.

Nous devons marcher une heure pour aller à l’endroit où nous pêchons. Quand nous y allons et que nous lançons le filet, nous n’attrapons pas de poisson. J’entends des gens parler du fait qu’ils pêchent moins et que la pauvreté augmente. Ils disent que c’est lié au temps. Je vois aussi que la saison des pluies commence à des moments différents maintenant. Et il fait plus chaud.

Mon rêve est de devenir infirmière. Mon mari reste avec les enfants quand je vais à l’école. Je suis des cours en soirée. Lorsque j’aurai fini mes études, je m’attends à obtenir un certificat et si je peux trouver l’argent, j’irai à Nampula pour aller à l’université. Je crois que mon mari me laissera aller à l’université et je le laisserai ici avec les enfants. Je veux étudier et ensuite revenir ici, auprès de mon mari et de mes parents.

L’histoire du père

Le pêcheur Antonio Momade Jamal, âgé de 50 ans, a vécu toute sa vie à Moma, dans la province de Nampula, sur la côte est du Mozambique. Il a commencé à pêcher en 1985. Il espérait garder sa fille Filomena à l’école mais quand les poissons ont commencé à diminuer, il ne pouvait plus la soutenir. Il a accepté les 2 000 MZN (28 euros) pour la marier à l’âge de 15 ans. Il voulait que son mari, Momade Churute, qui avait 21 ans à l’époque, l’aide à continuer ses études.

“Je m’appelle Antonio Momade Jamal, j’ai 50 ans. Je suis né ici dans ce quartier et j’ai commencé à pêcher en 1985. Quand j’ai commencé, j’attrapais beaucoup de poissons, beaucoup plus qu’aujourd’hui. Je continue à pêcher, mais c’est différent. Le temps a changé. Je pêchais avec un groupe de personnes, nous utilisions des filets. Et sur une journée normale, nous pouvions attraper environ 10 sacs de poisson.

Je me souviens que dans les années 1990, la quantité de poisson a commencé à diminuer. À mon avis, la baisse de production est liée à la météo. Le climat a changé. Je vois qu’il fait beaucoup plus chaud ces dernières années.

Je vois une différence dans le genre de poisson que nous attrapons. Avant, on attrapait des gros poissons, l’un appelé bagre ou un autre qui est une sorte de requin. Il y avait aussi des plus petits qui s’appelaient papa, on en attrapait beaucoup. Maintenant nous attrapons seulement les petits, dans des plus petites quantités.

A l’époque où nous attrapions des gros poissons, les acheteurs venaient de la ville, de Nampula, pour les prendre. Mais maintenant, nous n’en avons plus et ils ne viennent plus. Nous devons donc trouver un moyen pour aller en ville pour vendre notre poisson. Donc, notre business a changé. Et la pauvreté continue.

Nous voyons qu’il fait trop chaud. Nous en parlons et nous sommes tous d’accord sur le fait qu’il est difficile d’attraper assez de poissons à cause de ces températures élevées. Le poisson est une chose naturelle, donc nous ne croyons pas que nous les avons simplement tous tués. Peut-être que c’est ça. Mais nous ne le pensons pas.

Nous avons essayé d’aller pêcher à d’autres endroits, mais même dans ces régions, nous ne trouvons rien. Je connais des gens qui ont déménagé à Beira en espérant qu’ils pourraient attraper plus de poissons, mais même là, c’est difficile.

Dans les zones où nous allions auparavant, le niveau de la mer monte et les vagues sont beaucoup plus fortes. Je le sais parce que, sur le chemin pour aller à l’endroit où nous avions l’habitude de pêcher, il y avait un grand arbre. Et aujourd’hui, cet arbre n’est plus là. Et l’eau là-bas est plus profonde.

Quand Momade est venu demander la main de ma fille, je ne voulais pas qu’elle se marie. Pas seulement avec lui, mais avec aucun autre garçon parce qu’elle n’était pas assez mature pour se marier. Mais j’ai accepté, en pensant qu’il l’aiderait à étudier. J’ai dit ‘OK, tu peux épouser ma fille mais tu dois la soutenir pour qu’elle continue à aller à l’école’. Et il a promis qu’il le ferait. J’ai vu ce mariage comme une opportunité.

Mais Momade est confronté aux mêmes difficultés que moi. Et chaque fois que l’année scolaire commence, nous devons nous organiser ensemble pour l’aider à continuer.

Je pensais que ma fille se marierait après ses 25 ans, après avoir fréquenté l’école, terminé ses études, ce qui lui aurait permis de trouver un travail et de subvenir aux besoins de sa famille et aussi de m’aider, parce que je vieillis.

J’ai vu d’autres voisins qui laissent leurs filles se marier parce qu’ils n’ont plus suffisamment de moyens. J’ai cinq autres enfants qui vont à l’école secondaire. J’ai deux autres filles, l’une de 13 ans, l’autre de 11 ans. Si un homme venait leur demander leur main, je réfléchirais à cette option. Cet homme pourrait m’aider à soutenir non seulement ma fille, mais aussi mes autres enfants pour leur permettre de poursuivre leurs études.

L’histoire du mari

Momade Churute, 27 ans

“J’avais un bon revenu avant. Mais depuis que j’ai épousé Filomena, je n’arrive pas à produire autant qu’avant. Je voudrais lui offrir des bonnes conditions de vie, la soutenir pour qu’elle puisse aller à l’école. J’essaie de faire de mon mieux.

Je l’ai aimée. C’était mon souhait de l’épouser, j’ai donc décidé de venir voir son père. Il m’a donné sa bénédiction pour épouser sa fille. Donc il n’y avait pas de confusion, je ne voulais pas juste jouer avec elle sans le consentement de son père. La condition qu’elle puisse continuer à étudier était une bonne chose. Et j’ai hâte de la voir poursuivre ses études et trouver un travail qui puisse nous aider à élever nos enfants.

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