Fatima Mussa

Fatima Mussa a 16 ans et elle est enceinte de 9 mois. Elle est l’aînée de sept enfants, dont six sont des filles. Elle vit à Nataka, dans le district de Larde, près de la côte, dans l’est du Mozambique. Quand elle avait 15 ans, elle a épousé Priorino Manuel Antonio, un jeune homme âgé de 18 ans. Il avait offert à son père 2 000 MZN (29 euros). A cause de la pauvreté extrême qui caractérise ce district, il n’y a pas eu de fête de mariage ni des cadeaux pour le jeune couple.

“Je m’appelle Fatima Mussa. J’ai 16 ans. J’allais à l’école, mais j’ai préféré épouser Priorino parce que mon père n’avait pas assez d’argent pour financer mes études. Priorino est venu me trouver et m’a demandé en mariage. Je lui ai dit ‘Si tu me veux, tu dois demander la permission à mes parents’. Quand il est arrivé devant mes parents, mon père a dit: “Je n’aurais jamais envisagé de permettre à ma fille de se marier maintenant, parce qu’elle est si jeune. Mais elle va se marier parce que je n’ai pas assez d’argent pour l’envoyer au lycée.

Je ne voulais pas me marier à un si jeune âge, mais je ne savais pas quoi faire, puisque je ne pouvais plus aller à l’école. J’ai donc épousé quelqu’un qui pourrait améliorer peut-être un peu ma vie. Je n’étais vraiment pas contente d’épouser Priorino. J’ai eu l’idée de fuir, d’abandonner mon père qui était en faveur de ce mariage, d’aller dans une nouvelle ville, de commencer une nouvelle vie. Mais je ne pouvais pas, je n’ai aucun proche dans une autre ville qui aurait pu m’aider. Toute ma famille vit ici. Donc je ne pouvais pas m’enfuir, je n’avais nulle part où aller.

Ce n’est pas que mon père voulait que je l’épouse, mais il ne pouvait pas financer mes études secondaires. Il ne vit que de l’agriculture. Jusqu’en 2012, mon père avait une bonne production. Mais depuis 2013, il a commencé à avoir des problèmes, la terre ne permettait plus de produire autant qu’avant, notamment à cause de la pluie. Quand il commençait enfin à pleuvoir, c’était torrentiel, et ça a créé des inondations. Or pour arriver jusqu’à notre parcelle de terre, nous devons traverser une petite rivière. A cause des inondations, c’est devenu impossible d’y aller. Aussi, ce n’était pas le bon type de pluie, celle qui permet une bonne production. Et quand ça s’est arrêté, la sécheresse est arrivée et a tué toutes les plantes. Ca a même empiré en 2015. Même si nous sommes confrontés à cette baisse de production, nous n’avons pas d’autre choix que de continuer à nous concentrer sur l’agriculture. Nous n’avons pas d’autre option.

This slideshow requires JavaScript.

Quand mon père m’a dit que je devais me marier, je ne voulais pas le faire. Mais j’ai compris ses raisons, même si je ne me sentais pas bien. Encore aujourd’hui, je ne me sens pas bien. J’espère qu’à l’avenir ça ira mieux. Mais c’est toujours difficile.

Priorino a offert 2 000 MZN à mon père. Priorino était mon premier homme. Après notre mariage, c’est lui qui a pris ma virginité. Avant de me marier, j’ai suivi un processus d’initiation. Là, vous apprenez à prendre soin d’un homme. J’ai fait l’initiation la même année que celle où je me suis mariée. J’avais 15 ans à l’époque.

Nous survivons… en quelque sorte. Mon mari est un fermier. Mais quand nous allons travailler la terre, nous ne récoltons presque rien. La production n’est même pas suffisante pour qu’on mange. Donc il va couper des arbres pour les vendre dans un autre village et obtenir de l’argent. C’est comme ça qu’on achète du poisson. Nous gagnons environ 20 MZN (30 centimes) par jour.

J’espère que Dieu m’aidera à accoucher et que tout se passera bien. Et après, je m’occuperai du bébé. A l’avenir je serai toujours ici. Nous continuerons à essayer de survivre.

L’histoire du père

Je suis Juan Mussa. J’ai 47 ans. J’ai sept enfants et Fatima est la plus âgée. J’ai accepté la proposition de Priorino parce que je survis de l’agriculture. Avant, je produisais suffisamment, mais il y a quelques années, la production a diminué. Et il fut un temps où je ne produisais presque rien. Alors j’ai abandonné et je suis allé pêcher en espérant que j’améliorerais mes conditions de vie.

Quand j’ai commencé à pêcher, j’attrapais beaucoup de poissons. Mais ensuite, le nombre de poissons a diminué. Nous devions aller pêcher toujours plus loin. Donc ça n’a pas marché. Quand je suis revenu, j’ai découvert que ma fille avait terminé ses études primaires et que je n’avais pas les moyens de l’envoyer à l’école secondaire. L’école est loin, on avait besoin de plus d’argent. J’ai donc accepté le mariage parce que je n’avais aucune autre source de revenu ou de soutien.

Quand Priorino est venu demander sa main, j’ai accepté. Il n’y avait qu’une condition: il devait me donner 2 000 MZN pour officialiser le mariage. Il a accepté. Je ne voulais pas cela. Mais je luttais pour nourrir la famille et j’ai sept enfants. Elle était à cet âge où elle aurait pu commencer à traîner avec des garçons, même si je lui disais de ne pas le faire. Donc ce mariage était une solution. C’est pourquoi j’étais ouvert à l’idée.

Les gens ne peuvent pas continuer à cultiver là où ils avaient l’habitude de le faire car la terre n’est plus fertile. C’est plus sec et il y a moins de pluie. De plus, les zones où nous pourrions continuer à cultiver ont été détruites par l’exploitation minière. Tout est détruit.

L’histoire du mari

“Je m’appelle Priorino Manuel Antonio et j’ai 18 ans. J’ai choisi Fatima parce que je l’aimais beaucoup. Nous n’avions pas eu de relation avant le mariage. Je devais demander la permission à ses parents. Je voulais l’épouser.

Je n’avais pas beaucoup d’argent avant de me marier. J’étais fermier. Je n’avais pas les moyens de continuer à étudier. J’ai perdu mon père en 2013 et j’ai préféré me marier avec une fille qui a une famille, pour que je puisse avoir une nouvelle famille moi aussi.

Je regrette de le fait de m’être marié, je regrette le fait que je vais devenir père, parce que je n’ai pas les moyens de subvenir aux besoins de mes enfants et de ma famille. S’il y avait un moyen, si quelqu’un qui pourrait me soutenir … Mais j’ai arrêté d’aller à l’école et je n’ai plus d’autre possibilité maintenant.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *