Carlina Nortino

Carlina Nortino a 15 ans. Son mari, Horacio Manuel, a 16 ans. Ils se sont mariés à l’âge de 13 ans. Il a promis à au père de Carlina 1 500 MZN (21 euros) pour sa fille. Le couple vit dans le village de Nataka, dans le district de Larde, au Mozambique. Leur premier enfant est né plus tôt cette année.

Je m’appelle Carlina Nortino. J’ai 15 ans. Je me suis mariée quand j’avais 13 ans. Je ne m’attendais pas à avoir une fête et il n’y en a pas eu. Aujourd’hui, je regrette parce que je voulais continuer mes études. Je voulais aller à l’école. La chose la plus importante pour moi, c’était l’école. Je rêvais de devenir sage-femme. Mais je ne pouvais pas parce que j’étais pauvre. Je rêvais d’atteindre un niveau scolaire qui m’aurait permis d’obtenir un emploi dans une entreprise appropriée ou de travailler pour l’État. Même maintenant j’ai ce rêve, celui de continuer mes études. J’ai étudié jusqu’à la deuxième année. Mais mon père est tombé malade, alors j’ai dû aider ma mère dans le champ. J’ai fait ça pendant deux ans.

Quand mon père cultivait, nous avions une bonne production. Mais quand il est tombé malade et que ma mère travaillait seule, il y avait aussi moins de pluie. La zone devenait sèche et la production a commencé à diminuer. Les grands arbres qui étaient là ont été abattus. À l’époque où je travaillais dans le champ avec ma mère, nous produisions 15 à 20 sacs de 50 kg de manioc. Aujourd’hui, c’est peut-être un ou deux sacs. La production a commencé à diminuer à cause du manque de pluie. La pluie ne vient plus. L’eau qu’il y avait à la racine de la plante n’est plus là. Il est donc impossible de produire plus de trois sacs.

Je me souviens de l’époque où je voyais des gens pêcher ici. Je voyais Horacio pêcher aussi. J’avais l’habitude de venir prendre les poissons des pêcheurs pour aller le vendre au village. Il y avait de l’eau partout. Mais sans la pluie, le poisson est mort. Et l’eau a complètement disparu il y a quatre ans.

Ce n’était pas mon souhait de me marier à un si jeune âge. J’ai été forcée par mon père. Quand Horacio est apparu chez mes parents, le mariage semblait être une aide. Horacio m’a appréciée, il est allé voir mes parents et a demandé ma main. La famille n’avait pas assez de nourriture pour survivre. Mon père a donc accepté la proposition parce qu’il ne pouvait de toute façon pas me permettre de continuer à aller à l’école.

Je ne suis pas heureuse. Je rêvais de me marier au même âge que ma soeur. Elle s’est mariée beaucoup plus tard parce que mon père était capable de financer ses études. C’est dommage que mon père ne puisse pas m’aider à étudier.

J’ai accouché un mois plus tôt cette année. La grossesse a été un problème depuis le début. J’étais malade pendant toute la grossesse. Lorsque le travail a commencé, ils m’ont emmené à l’hôpital. Là j’ai commencé à avoir des problèmes, les médecins ont vu qu’ils ne pouvaient rien faire pour moi, alors ils nous ont suggéré d’aller dans un plus grand hôpital. Mais mes parents n’avaient pas les moyens de m’y emmener. Alors je suis restée là et j’ai donné naissance à un bébé très fragile. Donc il n’a pas survécu. Le bébé aurait dû rester dans un incubateur. Mais ils n’avaient pas ça à l’hôpital où je suis allée. Donc, ils n’avaient pas les moyens de le protéger. Je suis sûre que si mon père et mon mari n’étaient pas si pauvres, mon fils serait vivant.”

L’histoire du mari

Je m’appelle Horacio Manuel. J’ai commencé à pêcher ici quand j’avais sept ans. A l’époque, je pouvais attraper sept à dix poissons d’un coup. Mais aujourd’hui, ce n’est plus possible, car il n’y a plus de poissons. Je ne peux plus pêcher parce qu’il n’y a plus d’eau. L’eau a disparu.

Maintenant, j’ai commencé à pratiquer l’agriculture. Je suis un agriculteur. C’est vrai que je ne produis pas beaucoup, pas autant qu’auparavant car il n’y a plus de pluie. Avant, la pluie venait en septembre et tombait régulièrement jusqu’en mars. Maintenant, la pluie ne vient qu’en janvier et février et c’est tout.

Il est impossible de faire du commerce ou même de manger assez avec ce que je produis. Encore une fois, parce qu’il ne pleut pas beaucoup. Je ne produis pas assez, peut-être un ou deux sacs. Et ceux-là nous permettent à peine de survivre.

L’histoire du père

“Je suis Carlitos Camilo. J’ai 49 ans. J’étais pêcheur et agriculteur. L’agriculture était ma principale activité, c’est ainsi que j’ai réussi à subvenir aux besoins de ma famille.

J’avais un hectare de terre. Je produisais beaucoup, du moins assez que pour soutenir mes enfants et nourrir ma famille. Je pouvais aussi vendre une partie de ce que j’avais produit pour financer l’éducation de mes enfants ou même stocker une partie de ce que j’avais produit pour les périodes où la production cesse.

Mais depuis 2005 ou 2006, même les gens qui ont plus de deux hectares ne parviennent pas à produire ce que j’avais l’habitude de produire avec un hectare. Le problème est le manque de pluie. Ca a beaucoup diminué, ça a presque disparu. Pour ce qui est de la pêche, j’attrapais aussi beaucoup de poissons. Mais aujourd’hui, il n’y a plus de poissons, encore une fois parce qu’il ne pleut pas assez. Sans pluie, les poissons ne peuvent plus se reproduire. Dans le passé, il y avait un estuaire, là où le lac et la mer se rencontrent, où ils se reproduisaient. Il y avait beaucoup de sortes de poissons. Mais aujourd’hui, ils n’existent plus, parce que cette zone s’est asséchée.

Ce n’était pas ma volonté que ma fille se marie. Si j’étais capable de nourrir mes enfants, je ne l’aurais pas poussée à se marier si jeune. Regardez mes autres filles, elles ont grandi, elles sont allées à l’école, elles se sont mariées à un âge normal. Ma première fille a terminé l’école secondaire en 2013. Elle s’est mariée à 22 ans. La deuxième a terminé la 11e classe. Elle s’est mariée à 20 ans. Le troisième est à l’école primaire. Son oncle m’aide à la soutenir.

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